Certaines maladies — surtout celles où notre corps nous trahit malgré toutes les précautions que nous pouvons prendre — sont nobles, tandis que d’autres sont honteuses. Du moins, selon le point de vue de certaines personnes proches du malade, voire du malade lui-même. Ces maladies et la honte associée sont le point central de Frères et de L’Oratorio de Noël, deux pièces actuellement à l’affiche.
Dans Frères, pièce du dramaturge italien Francesco Silvestri présentée par le Théâtre de l’Opsis, Gildo (Émile Proulx-Cloutier) prétend se rendre à la messe tous les jours pour mieux visiter son frère malade (Benoit Rioux). Simplet, Gildo, qui n’a visiblement pas le droit de se trouver auprès de son frère, s’évertue à le laver, le soigner et le divertir le temps d’une messe, soit une heure.
Mise en scène par Luce Pelletier, Frères est une pièce touchante, empreinte de thème religieux sans pourtant tomber dans le sentimentalisme excessif (bien que parfois elle s’en approche drôlement). En effet, Gildo récite ponctuellement divers extraits liturgiques pour se souvenir du temps qu’il lui reste avec son frère et ces extraits, combinés à l’action sur scène, créent un effet impossible à ignorer.
Émile Proulx-Cloutier est extraordinaire en tant que frère niais dévoué à son frère malade. Benoit Rioux, quant à lui, ne dit pas un mot, mais sa seule présence et ses expressions faciales, dignes de Charlot, sont troublantes. La maladie du frère est dévoilée, mais la nature de la maladie et l’innocence avec laquelle elle est dévoilée sont si désarmantes que je ne peux vous la révéler.
Frères est une courte pièce (elle dure réellement le temps d’une messe) qui en vaut vraiment le détour (elle joue au Théâtre Prospero, près de Papineau).
Le Théâtre Jean-Duceppe, quant à lui, présente la toute dernière œuvre de Michel Tremblay : L’Oratorio de Noël. Dans cette merveilleuse pièce mise en scène par Serge Denoncourt, la maladie honteuse est l’Alzheimer. Noël (Raymond Bouchard) était un des plus grands neurochirurgiens de Montréal. Imbu de lui-même, il était souvent absent, accordait peu de temps à sa famille, mais voulait tout de même tout contrôler. Atteint de l’Alzheimer, Noël, maintenant absent d’une autre manière, essaie de donner un sens au passé qui revient le hanter. Ce passé, joué par trois représentations de sa femme Jacqueline (Kim Despatis, Monique Spaziani et Ginette Morin), de sa fille Isabelle (Meggie Proulx Lapierre, Maude Laurendeau, Marie-Chantal Perron) et de son fils Jean-Sébastien (Gabriel Lessard, Johnatan Gallant, Pierre-François Legendre), tourmente Noël et le rend désorienté.
Le choix de Michel Tremblay de représenter la confusion du malade par différentes instances des membres de sa famille est astucieux. Le public est tout aussi déstabilisé que Noël, mais c’est une confusion qui fonctionne et qui rend Noël d’autant plus touchant et sympathique (même si, en soi, il ne s’agit pas d’un personnage sympathique). Le jeu des dix acteurs est solide et chacun d’eux est bien présent sur scène, mais Bouchard est remarquable.
Par ailleurs, les décors de Guillaume Lord augmentent l’aspect « hanté » de la pièce avec son rideau d’hôpital translucide cachant l’ombre des personnes ayant fait partie de la vie de Noël.
Tout comme Frères, L’Oratorio de Noël est une pièce qui mérite que l’on prenne une pause pour absorber toute la honte associée à certaines maladies et pour faire face au jugement qu’on lui porte, la peur qu’elles nous instillent. Ces maladies, présentées de manière originale et touchante, ne vous laisseront pas indifférents.
Frères joue au Théâtre Prospero jusqu’au 10 mars 2012. L’Oratorio de Noël joue au Théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 24 mars 2012.
Photo par Marie-Claude Hamel.








