Quand on aime on a toujours vingt ans

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by Mélanie Grondin


Tout le monde recherche et le bonheur et l’amour. Peu importe l’action des gens qui nous entourent, au fond, ils cherchent tous, comme nous, à être heureux. Thème universel que cela; thème qui fait toujours un bon roman. C’est cette quête qui propulse le dernier roman d’Yves Beauchemin : La serveuse du Café Cherrier.

Après avoir été chassée de la maison familiale parce que sa mère, femme égocentrique et ultrareligieuse, croyait qu’elle était prostituée, Mélanie Gervais quitte Trois-Rivières pour Montréal. D’une beauté presque incroyable, elle devient serveuse au Café Cherrier et attire le regard de tous les personnages masculins que Beauchemin intègre à son roman. Le roman s’ouvre sur la rencontre entre Mélanie et Pierrot Bernard, un écrivain quinquagénaire ressemblant au père Noël de Coca Cola, qui, avec beaucoup d’efforts, finit par devenir l’amant de Mélanie. Surviennent : un sinistre éditeur beaucoup plus intéressé par la beauté de Mélanie que par le roman de Pierrot; la mère de Mélanie qui décide, elle aussi, de déménager à Montréal; et un drame qui changera le cours de la vie de Mélanie. Ainsi se termine la première partie du long roman de Beauchemin, lequel, il faut le dire, est tellement accrocheur qu’il se lit très rapidement.

La serveuse du Café Cherrier est un roman ou les bons sont bons à en être naïfs et les méchants sont tellement méchants qu’on les imagine presque avec une cape noire et un rire lugubre. Mais le lecteur peut pardonner ces extrêmes stéréotypés tellement les retournements sont intrigants. En effet, la prose de Beauchemin — malgré son affection marquée pour les italiques (je n’en ai toujours pas compris l’usage ici : « Et il se mit à rire, tout fier de son trait d’esprit. ») — est entraînante, attirant le lecteur dès la première page et le tirant, tel un chien suivant un morceau de viande juteux, tout au long des aventures de Mélanie.

Mélanie (l’ai-je dit?) est belle au point d’en être agaçante, tant pour nous que pour elle, mais malheureusement la propension de Beauchemin à répéter les traits qui caractérisent son personnage principal ne s’applique pas toujours à ses autres personnages, particulièrement Louis Perez. Autant l’Haïtienne Gerbederose Café et l’ex-itinérant Tonio Blanchet deviennent réels et vivants dès leur arrivée dans le roman, autant Louis Perez, un personnage pourtant important dans la vie de Mélanie, demeure flou. L’héritage haïtien de Gerbederose est omniprésent, mais l’héritage hispanophone de Louis, dont les parents semblent être des immigrants de première génération, est à peine mentionné. On le devine plus qu’on ne le sait et son personnage en perd de la vivacité.

Yves Beauchemin en est à son treizième roman et il sait, sans l’ombre d’un doute, satisfaire le lecteur. La serveuse du Café Cherrier n’est pas un roman où l’on découvre une nouvelle facette de l’humanité (tant la notre que celle d’autrui), ni un roman où l’on se perd dans un monde inconnu. Par contre, il s’agit d’un bon roman que le lecteur aime lire, une bonne histoire dont certains personnages sont inoubliables.

Mélanie Grondin est rédactrice en chef du Montreal Review of Books.

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