Certains diront peut-être que le Théâtre du Nouveau Monde, en tant que « théâtre national », se doit d’être un théâtre sérieux où le drame a plus sa place que la comédie. Même les grands dramaturges de ce monde — de Shakespeare à Molière en passant par Corneille — ont écrit des comédies, et il est vrai qu’un petit Molière ne fait jamais de tord, mais un vaudeville? Ce genre de comédie populaire a-t-il sa place au TNM?
Oh, que oui! Et tout comme il fait parfois du bien de prendre un petit rosé rafraîchissant l’été sur le bord de la piscine au lieu d’un vin du plus grand cru, un Feydeau énergique et bien mis en scène fait toujours plaisir.
Edmond Pontagnac (Alain Zouvi) est un coureur de jupons invétéré. Lucienne Vatelin (Linda Sorgini), la dernière femme sur laquelle il a jeté son dévolu, refuse ses avances, car elle est très heureuse avec son mari, Crépin Valetin (Rémy Girard), qu’elle croit fidèle. Le jour où il la trompera, déclare-t-elle, elle se vengera en le trompant elle aussi. Voilà que survient Maggy Soldignac (Violette Chauveau), une Anglaise avec qui Crépin a couché lors d’un voyage d’affaires à Londres, puis son mari, Narcisse Soldignac (Roger La Rue), un Anglais d’origine marseillaise (tout un accent!) qui a suivi sa femme dans le but de la prendre la main dans le sac. S’ensuivent d’autres personnages qui ne paraissent pas dans le premier acte, une série de malentendus (différents couples se voient donner la même chambre d’hôtel) et quelques douces vengeances. Le dindon de la face n’est pas celui que l’on croit.
Mis en scène avec brio par Normand Chouinard, Le Dindon se déroule à Paris pendant les Années folles, à l’époque où tromper sa femme était considéré comme un sport national (sport qui n’a peut-être pas tout à fait disparu si l’on pense aux DSK de ce monde…). Tant les décors, que la musique et le mouvement des personnages sur la scène enchantent. Même les maints clins d’œil — essentiels au genre —, faits aux spectateurs ont de quoi faire rire aux éclats.
Par moment, cette pièce très élaborée, tant en complexité qu’en durée (2 heures 45 minutes avec entracte), a des longueurs et le fil de l’histoire semble décousu. Bien sûr, tous les fils se rejoignent à la fin et les nombreux personnages sortant de nulle part finissent par avoir leur sens, mais comme l’on sait que Feydeau avait tendance à écrire sur le vif, à finir la rédaction de ses pièces alors que les acteurs pratiquaient les premières scènes, Le Dindon gagnerait à être révisé un tant soit peu. Ou alors à ne pas être jouée dans son intégralité, ce qui rendrait sûrement l’action encore plus dynamique et entraînante.
Le Dindon offre une soirée enjouée où le ridicule ne tue pas et où il fait bon se payer la tête de quelques bourgeois.
Le Dindon joue au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 11 février 2012.








