Culture & Conversation

Le chemin d’un chef d’orchestre

Issu d’une famille où tout le monde était un peu musicien, Jean-Marie Zeitouni « est tombé dedans quand il était petit », mais c’est l’intervention des recruteurs de l’école du Plateau, qui faisaient la tournée des écoles pour dénicher des talents, qui déclenchera son parcours musical. Dans cette école primaire où la part académique était condensée en une demi-journée et le reste consacré à l’éveil musical, l’amour de la musique se mêle à une fascination pour la vie de groupe. Il se forge dans cet incubateur le sentiment que, plus qu’un art ou une réalisation personnelle, la musique est un « trip de gang ».

Il poursuit en percussion à la polyvalente Joseph-François Perrault, toujours entouré de ses amis.  Ses professeurs voient en lui la matière brute d’un chef d’orchestre. « Quand le prof devait s’absenter de la classe, il me demandait de venir diriger à sa place. C’est devenu évident que c’était toujours à moi, qu’il demandait! (rire) Il voyait quelque chose que moi je ne voyais pas encore »

De la batterie qui donne le rythme au chef qui bat la mesure, il n’y a qu’un pas?  Oui? « Non! » Car entre l’affinage des capacités musicales par le diplôme en direction d’orchestre et la vocation de chef d’orchestre, il y a un fossé énorme.

Après le Conservatoire, Jean-Marie Zeitouni part en Autriche avec le désir d’aller au bout de ce qu’il pouvait faire : apprendre l’allemand et l’italien, parce que la musique est très liée aux langues. Apprendre des milliers de pièces qu’il ne connaissait pas. Puis aussi entendre des musiciens de très haut niveau. À Vienne, une capitale de la musique classique, passent chaque semaine les plus grands orchestres du monde. « Tu es constamment exposé à des gens qui performent et qui jouent leur spécialité parce qu’ils sont en tournée. » C’est aussi possible là-bas d’assister aux répétitions de l’Orchestre Philarmonique de Vienne, où il trouve une tradition incroyable de compréhension de la musique, de qualité d’exécution.  « C’est là que tu apprends les interactions  du chef avec un groupe, que tu comprends les réactions du groupe, et, surtout, que tu entends le résultat! »  Comparativement au Conservatoire, il n’y a pas de fonction pédagogique : le chef  travaille avec des spécialistes.

Or, la direction d’orchestre est un métier qui ne peut s’apprendre qu’en le faisant. Au contraire d’un musicien qui pratique avant d’arriver en répétition, la contribution du chef d’orchestre ne peut pas être travaillée quand il est seul chez lui. « Même si tu comprends les pièces, que tu aies la capacité d’intellectualiser la musique, c’est dur de saisir ce que tu auras à faire avant de le faire : ça va émerger de la dynamique de la rencontre. Tu ne peux pas te préparer pour ça… »

Le programme de chef en résidence du Conseil des Arts a été créé à cette fin, et Jean-Marie Zeitouni a été le premier chef au Canada à en bénéficier. À la fin de cette première année avec les Violons du Roy est arrivé l’ingrédient final :

« Quand t’es membre du groupe, tu fais partie de l’entité.  Mais quand tu deviens le chef, il y a une distance, c’est toi qui prends la responsabilité.  C’est bien : t’as plus d’influence, mais en même temps il faut que tu renonces à l’identité d’être un membre du groupe. C’est ça que je trouvais difficile dans le fait d’accepter d’être le chef : je devais renoncer à être un de la gang. » C’est à ce prix seulement qu’on  peut embrasser le métier de chef d’orchestre  et saisir la baguette comme un Excalibur? « (rire) Oui »

C’était il y a dix ans, et depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts du Danube.  De leur côté, les musiciens d’I Musici de Montréal ont en moyenne le double de l’âge qu’ils avaient quand l’ensemble a été fondé. Cette nouvelle union est donc celle de professionnels accomplis.  Jean-Marie Zeitouni est prêt à amener l’ensemble ailleurs et les musiciens sont très enthousiastes. Ce sera un beau trip de gang.

I Musici de Montréal présente Coucher de soleil italien, sous la direction de Jean-Marie Zeitouni, à la salle Tudor du magasin Ogilvy, le vendredi 20 janvier à 11 h et à 17 h 45 et le samedi 21 janvier à 14 h  : trois représentations en tout. http://imusici.com

 


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