Culture & Conversation

À corps défendant

Après le Théâtre Jean-Duceppe et sa pièce Elling, c’est au tour du Théâtre de Quat’Sous d’explorer le thème de la santé mentale, sujet encore tabou à bien des égards. Alors qu’Elling racontait avec humour l’histoire de la réintégration sociale de deux hommes ayant passé un certain temps dans un hôpital psychiatrique, En découdre offre un aperçu non narratif de la schizophrénie.

Une jeune fille sans nom (Catherine Audet) reçoit le diagnostic de schizophrénie et en perd, en quelque sorte, son identité — qui serait-elle à part une schizophrène? Confrontée à ses démons, aux gens qui veulent l’aider, au dur combat qui l’attend, elle cherche à comprendre et à surmonter cette maladie qui la déchire.

Avec sa pièce En découdre, le dramaturge français Luc Tartar nous permet d’entrevoir avec poésie et gravité ce qui se passe dans la tête d’une personne schizophrène. Les mots tombent comme des mouches, les sons assourdissent, les voix s’entrecoupent, se confondent et la confusion règne. Commandée par Éric Jean, le directeur artistique et général du Théâtre de Quat’Sous (qui a aussi collaboré au texte et fait la mise en scène), En découdre cherche à démystifier la schizophrénie.

Longue d’une heure seulement, la pièce est extrêmement intense et dynamique. Il est impossible à l’auditoire de relâcher son attention ne serait-ce qu’une minute. Montrant cette maladie de manière décousue, la pièce est pleine de chansons désespérées (« Lifesaver » d’Emilíana Torrini, « No Surprises » de Radiohead et « The Boy in the Bubble » de Paul Simon, interprétée par Peter Gabriel), de danses foudroyantes (exécutées par Aude Rioland et Simon-Xavier Lefebvre) et de textes fulgurants. Presque complètement dénudée, la scène se remplit de mots et de mouvements sans relâche.

Bien qu’il soit normal qu’un certain brouillard s’installe dans l’auditoire lorsqu’il est bombardé d’images et de texte désordonné, un élément particulier de la pièce porte à confusion : qui est le jeune homme joué par Matthieu Girard? Les parents de la jeune fille (Frédérike Bédard et Stéphane Jacques) ainsi que les danseurs jouent un rôle clair, mais le jeune homme est présent sans que l’on sache qui il est et le rôle (imaginaire ou réel) qu’il joue dans la vie de la jeune fille. Malheureusement, cette confusion et ce questionnement quant à sa présence, nous empêchent de nous immerger de façon complète et absolue dans le monde de cette jeune fille.

De même, bien que la musique soit significative, il est quelque peu choquant qu’une pièce écrite par un dramaturge français pour un théâtre québécois ne contienne que des chansons anglaises. Ce choix curieux de n’intégrer que des chansons anglophones risque d’enlever un niveau de compréhension aux gens qui comprennent peu l’anglais, sans compter qu’il devait sûrement y avoir des chansons francophones pouvant exprimer les mêmes sentiments!

En découdre est une pièce expérimentale qui ne laisse pas à l’auditoire le temps de s’ennuyer. Mais, il est tout de même heureux qu’elle ne dure qu’une heure. Vive, elle déposera dans l’esprit des spectateurs des images et des sentiments indélébiles.

En découdre joue au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 19 mai 2011.


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