Vous êtes-vous déjà demandé comment les gens réussissaient à voir une pièce de théâtre avant la venue de l’électricité? Shakespeare in Love de John Madden montre un théâtre à ciel ouvert où les acteurs tirent profit de la lumière du jour pour présenter leur pièce. Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau et Beaumarchais, l’insolent de Édouard Molinaro, quant à eux, montrent bel et bien un théâtre intérieur, mais avec toutes les projecteurs requis pour filmer la scène, peut-on vraiment sentir l’effet qu’ont 2 000 chandelles?
Vous pouvez maintenant le savoir. Pour la toute première fois depuis le 18e siècle, une troupe de théâtre professionnelle nord-américaine présente une pièce sous le feu des chandelles seulement — L’Avare de Molière mis en scène par Serge Postigo — et le jeu en vaut la chandelle.
Harpagon (Luc Guérin) est un vieil avare qui croit que tout le monde le vole, ou cherche à le voler, et qui enfouit son argent adoré dans le jardin. Ses enfants, Cléante (Bruno Marcil) et Élise (Salomé Corbo), sont amoureux de Mariane (Sophie Desmarais) et de Valère (Éric Bruneau) respectivement et cherchent un moyen d’amadouer leur père à l’idée qu’ils souhaitent épouser des gens sans le sou. Mais le père décide d’épouser lui-même Mariane et de marier Élise à un vieillard qui ne demande pas de dot et Cléante à une veuve. Malheureux, les jeunes gens cherchent un moyen de berner ou de convaincre Harpagon. Le climax n’est pas celui prévu même si le dénouement heureux est inévitable — c’est une comédie, après tout.
Une fois de plus, le Festival Juste pour rire a su présenter une comédie qui émerveille, étonne et accentue le talent de nos comédiens. Chaque comédien est parfait dans le rôle qui lui a été assigné : Harpagon ne pourrait être joué par un autre acteur que Guérin, et Karine Belly dans le rôle de Frosine est imposante à souhait. Même les chandelles jouent un rôle : elles sont les confidentes des apartés d’Harpagon et les acteurs n’hésitent pas à interagir avec elles. Dans la relativement petite salle qu’est celle du Monument-National, leur lueur rend la pièce intime.
Tout de cette pièce est traditionnel : des costumes du 17e siècle (conçus par Denis Lavoie) aux musiciens présents sur scène (Jean-François Groulx et Robin Boulianne) en passant par des chandeliers innombrables et autres décors qu’on imaginerait facilement au temps de Molière. Cet aspect traditionnel est apaisant et permet aux spectateurs de se perdre complètement dans la magie du théâtre.
L’Avare mis en scène par Serge Postigo est un délice à voir absolument.
L’Avare joue au Monument-National jusqu’au 25 juillet.








