Imaginez un instant que vous assistez à une messe catholique pour la toute première fois sans que vous sachiez quoi que ce soit de la religion catholique. Vous saurez sûrement en apprécier certains aspects — la musique, peut-être, l’encens, les fresques —, mais savez-vous pourquoi les gens s’agenouillent, s’asseyent et se lèvent ainsi? Comprenez-vous le sens de ce que dit le prêtre et le but de ses paroles? Et l’eucharistie? Saurez-vous déceler l’importance de l’eucharistie?
Maintenant, imaginez que vous assistez à un théâtre dansé cérémoniel maya datant d’avant Christophe Colomb. Les costumes et les masques sont flamboyants, le mouvement et le rythme de la pièce sont enchanteurs, mais à quoi servent ses roches qui représentent des pierres précieuses? Le guerrier maya emprisonné, représente-t-il une vérité universelle quelconque?
En ce qui concerne son volet « théâtre », Xajoj Tun Rabinal Achi raconte l’histoire d’un guerrier maya, Kawek K’iché, qui se fait capturer par son ennemi, subit un procès puis se fait exécuter. Jusque-là, ça va. Bien qu’une partie du texte est dite en Achi — langue maya du Guatemala —, particulièrement les paroles déclamées par Job Toj, le seigneur qui a capturé Kawek K’iché, il est possible de suivre le récit grâce à des techniques astucieuses qui font en sorte que le texte est répété en français sans rendre la pièce monotone.
Pour le volet « danse », ça va aussi. Nous sommes tout de même habitués à La La La Human Steps. C’est concernant le volet « cérémoniel » que ça se complique parce qu’en l’absence de contexte et d’explication, c’est à n’y rien comprendre. Le site Web du Festival Présence Autochtone explique : « À chacune des représentations, l’histoire nous est révélée d’une façon différente à travers des éléments précis : les pierres, les masques et les costumes, les instruments de musique, les objets rituels et le texte, tous, porteurs de la mémoire des ancêtres et de la magie du fondement culturel propre à toutes les cultures amérindiennes. » Mais aucune explication quant à la mémoire desdits ancêtres ou l’histoire qui est révélée. Que représentent les pierres et les masques? Que devons-nous comprendre?
Présenté pour la première fois en Amérique du Nord, Xajoj Tun Rabinal Achi est un rituel du théâtre de cour des anciens Mayas transmis oralement de génération en génération. Jouée par Ondinnok, une compagnie théâtrale amérindienne, en collaboration avec Grupo Danza Drama Rabinal Achi, la troupe maya du Guatemala qui détient les droits du drame, la pièce est très intéressante. Les costumes sont fantastiques et le rituel, bien qu’il ne soit pas toujours compris, est fascinant.
C’est une pièce à ne pas manquer, ne serait-ce que pour découvrir une autre culture, une autre forme théâtrale, mais il est recommandé de faire quelques recherches sur Xajoj Tun Rabinal Achi avant de s’y rendre. Vous l’apprécierez sûrement beaucoup plus. Il est malheureux qu’un festival dont le but est de célébrer les cultures autochtones des trois Amériques et, sans doute, de présenter ces cultures aux non-Autochtones ne sente pas le besoin de bien expliquer un rituel quelque peu hermétique.
Xajoj Tun Rabinal Achi jour à l’eXcentris jusqu’au 27 juin. Billetterie : 514.814.8100. Pour plus de renseignements, veuillez consulter le site Web du Festival Présence Autochtone.







