Couper une pièce de théâtre en cinq et laisser de côté. Dans un grand bol, mélanger poèmes, chansons et extraits de nouvelles jusqu’à consistance homogène. Ajouter la crème d’acteurs, puis verser le mélange sur la pièce réservée. Cuire au four pendant deux heures. Servir chaud.
James Audubon Wilson de la Pétardière-Frenouilloux (Marc Béland) est un général en temps de paix. Il demeure chez sa mère qui lui noue sa cravate et lui donne une fessée quand il joue à la guerre avec ses petits amis généraux. Survient Léone Plantain (Sylvie Drapeau), la chef d’État, qui explique tant bien que mal que l’économie du pays souffre et qu’il faut une guerre pour retrouver l’équilibre économique. D’abord réticent — les généraux ne peuvent bien faire leur travail pendant la guerre, certains soldats se tuent à survivre, le général accepte d’organiser cette guerre lorsqu’il apprend que c’est un ordre. S’ensuit une réunion d’état-major avec trois autres généraux (Alain Zouvi, Pascale Montpetit et Emmanuel Bilodeau) aussi puérils qu’Audubon. Puis, ils invitent Monseigneur Roland Tapecul (Pierre Chagnon) dont l’appui est nécessaire pour faire accepter la guerre au peuple. Mais avec qui vont-ils la faire, cette guerre?
Le Goûter des généraux, une pièce en cinq actes de Boris Vian, forme la structure de base de Et Vian! dans la gueule, amalgame musical, poétique et pro-civil mis en scène par Carl Béchard. Parsemée de chansons (« Le Déserteur », « La Marche arrière ») et de poèmes (« Pourquoi je vis », « Je voudrais pas crever ») de Vian, la pièce forme un tout incongru, absurde, mais cohérent. Pensez Monty Python’s Flying Circus s’ils étaient Français et s’ils jouaient du jazz. Par contre, la transition d’un segment à l’autre est parfois abrupte et sans rythme.
Interprétée par un groupe d’acteurs dont la réputation n’est plus à faire (dont Marc Béland qui parvient à nous faire oublier l’absence de Pierre Lebeau, quoiqu’on ne peut s’empêcher d’imaginer Bénédicte Décary donner une fessée à Lebeau), la pièce montre le ridicule de la guerre alors nous nous trouvons actuellement au milieu d’une guerre absurde. Seul le son laisse à désirer. Mal équilibré, celui-ci empêche maintes fois le public de savourer le génie de Vian. Des chansons délicieuses comme « La Java des bombes atomiques » sont cachées derrière un rideau de musique trop dense et plusieurs jeux de mots typiques de Vian sont perdus dans les microphones mal positionnés.
Pièce fantastique, Et Vian! dans la gueule clôt parfaitement la saison. Une bonne introduction au talent de Vian, elle donne le goût de se plonger dans ses romans cet été en attendant la nouvelle saison.
Et Vian! dans la gueule joue jusqu’au 22 mai au Théâtre du Nouveau Monde.








