Dans un monde où les téléspectateurs sont bombardés quotidiennement de télé-réalités remplies de belles gens qui aiment se montrer et se regarder, vient, de manière opportune, Huis clos. Écrite par Jean-Paul Sartre en 1943, la pièce reflète ce que Sartre appelle l’enfer : le besoin de se voir, de se définir et de se comprendre dans les yeux des autres.
Garcin (Patrice Robitaille) est mort et se retrouve en enfer. Le garçon d’étage (Sébastien Dodge) le guide vers une salle style Second empire où il n’y a ni instruments de torture, ni bourreau, mais où il devra passer l’éternité. Désarçonné, Garcin tente de cacher sa peur, mais l’enfer n’est pas ce à quoi il s’attendait : où sont le soufre, le gril, le pal? Entre ensuite Inès (Pascale Bussières), une lesbienne, une « femme damnée » selon les mœurs des années 1940, qui, au fond, n’est pas surprise de se retrouver en enfer. Le trio se complète à l’arrivée d’Estelle (Julie Le Breton), une riche mondaine qui se plaint que sa robe ne s’harmonise pas aux canapés et qui s’énerve quand elle se rend compte qu’il n’y a pas de miroirs en enfer.
De fil en aiguille, chacun des trois protagonistes se rend compte que les vivants les oublient et qu’ils n’ont que les deux autres pour se définir et pour se rappeler leur existence. Mais l’enfer de chacun n’est pas le fruit du hasard et chaque personnage se retrouve face à quelqu’un qui refuse de jouer son jeu : Inès ne se gêne pas pour traiter Garcin de lâche alors qu’il souhaite croire que sa mort était héroïque, Garcin n’est pas vraiment intéressé aux avances d’Estelle qui a besoin d’un homme et la présence d’Estelle tourmente Inès qui s’est damnée pour une autre blonde. Pris dans la perpétuelle tourmente de dépendre de l’autre, d’espérer son approbation, mais de recevoir son jugement, chaque personnage a bien raison de dire : « L’enfer, c’est les autres ».
Mise en scène par Lorraine Pintal, Huis clos est une pièce inconfortable qui rappelle les angoisses d’adolescence; âge auquel plusieurs personnes découvrent Sartre et s’intéressent à l’existentialisme. Le huis clos dans lequel se retrouvent les personnages est brillamment représenté par une cage suspendue au-dessus du vide laissé par les planches manquantes de la scène. La musique de Robert Normandeau, quant à elle, est métallique et sombre, créant une ambiance sinistre.
Dodge est lugubre en tant qu’omniprésent garçon d’étage, mais il est parfois difficile de sentir le désespoir des trois autres acteurs. Garcin, Inès et Estelle se dénudent, à la fois en racontant leur histoire et en jetant leurs vêtements dans le vide qui s’étale sous leur cage, mais jamais ils ne sont vraiment à nu. Le huis clos ne semble pas aussi enfermé qu’il devrait être. Seule la dernière scène, qui se joue à perpétuité, démontre bien la fatigue et l’exaspération des personnages.
Bien que Sartre pensait avoir écrit une pièce drôle, Huis clos est loin d’être réjouissante ou divertissante. Symbolisant l’existentialisme, la pièce est lourde, intellectuelle, mais importante et pertinente. Se détache-t-on vraiment jamais du regard et du jugement de l’autre?
Jusqu’au 10 avril 2010 au Théâtre du Nouveau Monde.








