Chronique d’une fuite annoncée

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by Mélanie Grondin


La fuite a lieu lorsque l’on ne peut ou ne veut plus lutter contre la réalité. Selon Henri Laborit dans L’éloge de la fuite, nous pouvons fuir de différentes façons : les drogues, la psychose, le suicide, la solitude ou l’imaginaire, mais comment peut-on continuer à fuir lorsqu’on est confronté par les méfaits de cette fuite?

François Dubé (Benoît McGinnis) se rend chez ses parents à Victoriaville pour amener son père Denis (Michel Dumont) à la Maison Jean Lapointe à Montréal. Arrivé, il retrouve son père, saoul, cachant sa bière derrière la poubelle, qui lui parle de la chaleur de l’été et qui ne répond pas aux questions de son fils qui cherche à comprendre pourquoi il a tant besoin de fuir. Claire (Louison Danis), la mère de François, n’a plus la force d’aider Denis et compte sur son fils, mais lorsqu’un drame survient, François découvre que sa mère aussi fuyait à sa manière et qu’il doit l’aider comme il a voulu aider son père. Fruit de son enfance, François ne peut fuir à son tour les déceptions et les frustrations qu’il relate entre les scènes. Il doit devenir le parent de ses parents.

Excuse-moi de Serge Boucher est la troisième pièce racontant l’histoire des Dubé après 24 Poses (Portraits) et . Mise en scène par René Richard Cyr, la pièce regroupe tant de talent — du dramaturge aux acteurs en passant par le décorateur, l’éclaireur, etc. — qu’on n’y trouve rien à redire et surtout rien à excuser. Dès les premières paroles, à la fois dites et non dites, Boucher capte notre attention et ne lâche pas prise. Autant Une maison face au nord de Jean-Rock Gaudreault, présentée au Théâtre Jean Duceppe plus tôt dans la saison, représentait le quotidien d’une façon qui n’engageait pas le spectateur, autant Excuse-moi représente ce même quotidien avec une émotion à fleur de peau et une pointe d’humour qui font en sorte qu’on ne veuille plus laisser ces personnages touchants et attachants.

L’utilisation de La violètera (version Charles Chaplin) comme leitmotiv musical est un choix astucieux qui consolide à la fois le pathos de la pièce tout en rappelant le côté optimiste de Charlot. De même, les décors sont ingénieux, illustrant la sphère du père et la sphère de la mère, qui existent simultanément, mais qui ne se touchent pas, ainsi que les limbes dans lesquels se retrouve François.

Une pièce solide, dont tous les aspects sont irréprochables, Excuse-moi est à voir absolument. Il est à espérer que le Théâtre Jean Duceppe remette en scène 24 Poses (Portraits) et (originalement présentée lors des saisons 2001–2002 et 2006–2007 respectivement) en conservant les mêmes acteurs, afin de donner à ceux qui n’ont pas eu la chance de voir les présentations originales l’occasion de découvrir d’autres aspects de la famille Dubé.

Excuse-moi joue au Théâtre Jean Duceppe jusqu’au 27 mars.

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