L’éolienne, ce grand totem, cette croix biscornue, est le symbole de durabilité, de technologie verte, de la tentative la plus récente à toucher le Ciel. L’éolienne est le symbole de la foi d’Antoine (Luc Bourgeois) en la science; symbole qui n’est pas sans failles.
Une éolienne ne tourne pas rond. Antoine, jeune ingénieur ambitieux, arrive en Gaspésie pour régler le problème. Il demeure dans une vieille maison inhabitée située au pied du champ d’éoliennes. Le travail prendra une semaine ou deux, dit-il à sa conjointe Laure (Catherine-Anne Toupin) restée à Montréal, mais les semaines deviennent des mois et Antoine ne trouve pas le problème; toute la mécanique fonctionne bien, mais l’éolienne est défectueuse. Il en va de même pour ses tentatives de procréation avec Laure : tout fonctionne, mais elle ne tombe pas enceinte. Lors de son séjour en Gaspésie, Antoine rencontre Jeanne d’Arc (Danielle Proulx), la propriétaire de la maison, Liang (Mélodie Lapierre), sa nièce de 13 ans, et Clément (Dany Boudreault), le fantôme de l’oncle de Jeanne d’Arc dont la présence cause les perturbations qu’Antoine ne peut expliquer.
L’espérance de vie des éoliennes, la première pièce du jeune dramaturge Sébastien Harrisson à être présentée chez Duceppe, est une pièce qui se veut profonde et qui prétend réfléchir sur la direction que prend le Québec. Alors que le vent, jadis, tournait vers la religion, il tourne maintenant vers la technologie, mais est-ce que celle-ci est vraiment meilleure que les dogmes religieux d’antan?
L’espérance de vie des éoliennes contient des causes et des effets dont les liens ne sont pas clairs, et même, à force d’y penser la logique de la pièce s’effile quelque peu. Clément, qui semble être la réflexion de Liang, apparaît pour la première fois lorsqu’elle découvre son ancien carnet de poèmes alors qu’elle fait le ménage de la maison avant l’arrivée d’Antoine. Or, si Clément apparaît pour la première fois la veille de l’arrivée d’Antoine, comment expliquer que la présence de Clément rende l’éolienne défectueuse si celle-ci était déjà défectueuse avant son apparition?
La mise en scène de la pièce, par contre, est merveilleuse. Particulièrement les scènes où Antoine parle à Laure par Skype et où l’image de Laure est projetée sur le mur derrière Antoine. Le contraste entre la musique des vieux vinyles qui berce Liang et celle de Skype met l’accent sur les méfaits de la technologie, de la logique et de la « surréflexion ». Tout en disant que la religion comme la technologie éloigne les gens de Dieu, la pièce affiche une nostalgie sans équivoque pour « le bon vieux temps » où la simplicité et les contacts humains régnaient.
Le jeu des acteurs était irréprochable, particulièrement celui de la jeune Mélodie Lapierre et de Catherine-Anne Toupin qui a su séduire à travers une projection.
Troisième pièce québécoise de la saison, L’espérance de vie des éoliennes prêche par l’exemple : peu importe si ce n’est pas logique; il suffit d’avoir la foi.
Jusqu’au 6 février au Théâtre Jean-Duceppe.







