Qui crée réellement un roman? La personne qui couche l’encre sur le papier, le narrateur dont on utilise la voix ou les personnes qui ont inspiré ledit roman? Et qu’est-ce qui est, objectivement parlant, plus important : le texte ou l’auteur dont la photo affuble la couverture?
Ève (Violette Chauveau), la mère de Léo (Francis Ducharme), est écrivaine. Elle écrit pour ne pas disparaître après sa mort et pour donner un sens à sa vie. Elle écrit parce qu’elle est insatisfaite. Léo, narrateur de la pièce, voue une admiration sans bornes à cette mère qui n’a d’amour que pour ses mots. Tandis qu’il est l’enfant qui n’a pas fait quoi que ce soit de mal, sa soeur Justine (Sophie Cadieux) se fait remarquer par la rébellion. Devant cette femme forte de ses insécurités et de ses doutes, le mari Bruno (Yves Soutière) et les amis s’effacent de différentes manières.
Écrite par Evelyne de la Chenelière et mise en scène par Alice Ronfard, L’imposture se joue comme un roman : elle est séparée en chapitres et a un narrateur omniscient qui se veut objectif. De plus, la pièce est astucieusement intercalée d’une entrevue de Léo, auteur d’un premier roman intitulé Le roman de ma mere; un roman qui, bien qu’il parle de sa famille, n’est pas autobiographique, dit-il. Plusieurs scènes de la pièce, particulièrement la scène d’un souper entre amis qui a changé la vie des personnages, sont répétées sous un autre angle, donnant ainsi un autre point de vu à l’événement et semant le doute quant à la crédibilité de la narration.
L’utilisation de projections pour montrer l’entrevue ainsi que des extraits du livre Le roman de ma mere est particulièrement efficace et le décalage des décors est ingénieux.
Bien qu’elle soit un personnage énorme, prenant toute la place dans la pièce et dans la vie des gens qui l’entoure, Ève est sans nuances. Une femme composée et rigide dans ses croyances, elle articule comme il faut. Trop, même. En effet, le ton et le débit de Violette Chauveau sonnent faux et artificiels. Parfois sa prononciation change et sa voix semble plus naturelle, mais ces moments ressemblent plus à l’erreur qu’à l’art. En présence du trio Ève-Léo-Justine qui prend toute la place sur scène, les autres personnages sont on ne peut plus secondaires et oubliables, car, au bout de compte, ce sont seulement les mots du roman qui compte.
Pièce quelque peu philosophique sur la paternité (ou la maternité) d’une oeuvre et la nature de la relation entre l’auteur et le texte, L’imposture a aussi les allures d’un roman policier. En effet, le dénouement fait en sorte que l’on veuille revoir la pièce pour mieux comprendre les nuances du texte et du jeu des comédiens, pour pousser la réflexion et déceler les indices.
L’imposture joue au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 12 décembre 2009. Billetterie: 514-866-8668







