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Un amour incompris

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by Mélanie Grondin


En 1606, deux ans avant la fondation de la Ville de Québec, Marie Guyart, alors âgée de sept ans, a une vision. Les cieux se séparent, Dieu avance vers elle et lui demande si elle veut être à lui. Elle acquiesce et sa vie devient un sillage tout tracé par son Capitaine.

Douze années plus tard, Marie est veuve et mère d’un garçon. Elle finit par abandonner celui-ci pour prendre le voile et enfin se consacrer entièrement à son époux divin. Elle traverse l’océan Atlantique et s’installe à Québec où elle fonde le couvent des Ursulines, le cœur de sa mission auprès des « sauvages ».

Pièce de théâtre épistolaire, le texte de La Déraison d’amour a été établi par le cinéaste Jean-Daniel Lafond (Le fugitif ou les vérités d’Hassan, Le cabinet du Docteur Ferron … et le mari de la gouverneure générale Michaëlle Jean) avec la collaboration de la comédienne Marie Tifo (Séraphin : Un homme et son péché, Les Poupées russes) à partir des quelque 8000 lettres écrites par Marie de l’Incarnation (anciennement Marie Guyart) à son fils Claude resté en France. Les lettres, et la performance de Tifo, sont d’un spirituel érotique qui ferait rougir Héloïse. L’amour que porte Marie de l’Incarnation pour Dieu est entier et servile au point où même ses contemporains l’appelaient la Folle de Dieu.

Mise en scène par l’incontournable Lorraine Pintale, La Déraison d’amour est une pièce solide que Tifo porte seule sur ses épaules aussi inébranlables que la foi de Marie de l’Incarnation. La scène circulaire sur pivot de Michel Gauthier permet au spectateur de se situer sans peine sur un navire, sur une terre tremblante ou dans une cellule de nonne cloîtrée. Mais la pièce et son texte ne sauraient être aussi efficaces sans la musique d’Yves Dubois qui crée une atmosphère émotive sans égale. Même sans texte, l’émotion et l’intention de la comédienne seraient comprises grâce à la musique puissante dont les sonorités à la fois religieuses et autochtones attirent l’attention.

Survol de la vie d’une de nos pionnières spirituelles et intellectuelles, la pièce est sans contredit éducative. Elle raconte la vie d’une religieuse au 17e siècle et le cœur d’une femme dont l’amour pour Dieu et si distant de notre réalité du 21e siècle, réalité où la femme ne se dévoue plus corps et âme à qui que ce soit et où la religion fait bien piètre figure, qu’il est difficile de créer un lien avec le personnage et de bien sentir son amour érotique et fanatique pour le Créateur. Bien que le spectateur comprenne cet amour, le français du 17e siècle rend le tout quelque peu académique.

La présentation de cette pièce en collaboration avec la Société du 400e anniversaire de Québec dit tout. C’est une pièce historique et éducative qui, bien que solide et exécutée avec brio, aurait sa place au musée Pointe-à-Callière où elle pourrait remplacer la présentation holographique pendant quelque temps.

La Déraison d’amour joue jusqu’au 13 juin au Théâtre du Nouveau Monde, 84, rue Sainte-Catherine Ouest, 514.866.8668.

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1 Elise Moser 05.06.2009 at 9:02 am

“Qui ferait rougir Héloïse” — what a brilliant turn of phrase. Once again I have read a review by Melanie Grondin with pleasure — the intelligence of the writing shines not only in itself but also to allow the intelligence of the piece reviewed to be made visible. Thanks for this.

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